Amis de la chanson populaire et du calvados hors d'âge réunis, bonjour !

Nous sommes le sept novembre 2011, 17è jour de brumaire dédié au cresson...

Ce 07 novembre est le jour anniversaire de la mort d'un chansonnier anarchiste qui, à l'instar d'un Gaston Couté disparaît des mémoires. Offrons lui une place dans notre galerie de portraits.

Charles d’Avray est un poète et chansonnier anarchiste français né le 9 septembre 1878 à Sèvres, de Charles Henri Jean, architecte, et de Juliette Dédillière.avrayg

Il arrive à Paris, ayant terminé ses études secondaires, en 1898. Il a 18 ans, l’âge de toutes les ambitions, de tous les espoirs. Il n’est pas très chaud pour suivre les traces de son père. Ses préférences vont à la musique, à la chanson. Il compose ses premières ceuvres, qu’il interprète dans des cafés-chantants. Ainsi naquirent les "chansons du trottoir", les "chansons des veillées".

Un jour, il rencontra le compagnon de la mère de Jeanne Humbert, libertaire militant, qui l’introduisit dans les milieux néo-malthusiens, et lui fit connaître et partager l’idéal anarchiste qui l’animait. Charles fréquenta ce milieu, riche en militants, et parmi eux Sébastien Faure, grand orateur libertaire, qui eut sur lui une grande influence et dont je parle souvent ici. A cette époque naquirent les "chansons sociales", les "chansons rouges", "les penseurs", "les fous", "les géants", "loin du rêve", etc... qu’il interprétait dans les cabarets de la Butte et du quartier Latin, où elles firent scandale. Il anima lui-même le célèbre cabaret montmartrois "Le Grenier de Gringoire" et fonda une école de Chant à Puteaux.

Ecoutez "les 4 barbus" chanter le triomphe de l'anarchie.

Mais surtout, et durant toute son existence, il parcourut la France dans tous les sens, chezmoiorganisant des tournées de conférences par la chanson où les foules se pressaient. Il n’arrêta plus jamais d’écrire, de chanter, de lutter. Charles-Henri Jean (dit d’Avray) se rallia à l’anarchisme au moment de l’affaire Dreyfus et décida d’utiliser la chanson pour diffuser ses idées. Il en composera quatre-vingt pour dénoncer l’Etat, la religion, le militarisme, les prisons... et exalter la société libertaire. Il composera le célèbre Triomphe de l’anarchie. Ses conférences chantées étaient annoncées par des affiches où on lisait : « Avec le passé détruisons le présent pour devancer l’avenir. »

Charles d’Avray s’est éteint le 7 novembre 1960 à Paris. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise dans la 88e division (photo de droite). Voici ce qu'écrivait Maurice JOYEUX : « Un vent froid cingle les visages. Un vent aigre, qui trousse la douleur du vagabond, soulève le jupon de D_AVRAYla fille, emporte l'âme du poète. Autour d'une fosse, une foule d'amis ! Charles d'Avray nous quitte ! Avec la dépouille du poète, un monde prodigieux disparait, dont il fut un des plus brillants animateurs, et la terre qui résonne lugubrement sur le cercueil semble donner le glas de la chanson humanitaire dont il fut le maitre incontesté et qui refuse de survivre à celui qui la nourrit d'une sensibilité et d'une fougue incomparables. ».

Charles d'Avray était franc-Maçon, membre du grand Orient et fréquentait la loge « Equité » à Pantin. Il figura en 1905 parmi les fondateurs de La Muse rouge, Groupe de propagande révolutionnaire par les arts, où en 1919 débutèrent Lucien Noël, qui devait devenir Noël Noël et André Isaac, le futur Pierre Dac.

 

Voila pour aujourd'hui, portez vous bien et à demain peut-être.