A LIRE ENTRE LES REPAS...
Amis de l'humanisne et de la galette saucisse réunis, bonjour !
Je voulais faire un billet d'actualité sur les événements dans la corne de l'Afrique
mais, les mots me manquent. Devant ce spectacle désolant de la mort annoncée de milliers d'êtres humains, nos frères, parce que des gros bouffis d'occidentaux décident de dépenser des milliards pour sauver leurs banques, je n'ai pas le cœur à l'ouvrage. Je vous propose quelques extraits d'un discours de Jean ZIEGLER.
« Mesdames et Messieurs, toutes les cinq secondes un enfant de moins de dix ans meurt de faim. Trente-sept mille personnes meurent de faim chaque jour et près d'un milliard de gens souffrent de malnutrition sévère. Le rapport annuel de la FAO qui dresse ce bilan des victimes dit que l'agriculture mondiale, dans l'état actuel de son développement, pourrait sans problème nourrir le double de la population mondiale.
En conséquence, il n'y a pas de pénurie, aucune fatalité au massacre de la faim. Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné. »
Jean Ziegler expose, dans ce discours non prononcé, le mécanisme implacable de la famine, comment elle atteint le corps des enfants, décharne leurs membres, vieillit leur visage. La famine dans la Corne de l'Afrique donne à son propos une tragique actualité.
«Le Programme alimentaire mondial, dont le budget a été divisé par deux en trois ans, a réclamé 180 millions d'euros aux États membres. Il n'a reçu des promesses que pour 62 millions. Pourquoi, demande Jean Ziegler? Parce que les pays riches - l'Union européenne, les États-Unis, le Canada et l'Australie - ont dû sauver les banques spéculatives à coup de milliers de milliards d'euros. (...)
« Les gens riches, les banquiers puissants, les patrons des multinationales viennent à Salzbourg. Ils sont les responsables de cet ordre du monde cannibale. »
« Quel est mon rêve, poursuit le sociologue. Que l'art qui a des armes que la raison ne possède pas, transperce la chape de béton armé de l'égoïsme et brise soudain le mur de l'autojustification. Que la course au profit s'effondre en poussière et en cendres. Que surgisse dans la conscience la réalité de ces enfants qui meurent. Un miracle pourrait arriver à Salzbourg : le réveil des maîtres du monde, la révolte des consciences... Mais, n'ayez pas peur, ce miracle ne va pas se réaliser. C'est un rêve. Le capital a été partout et toujours plus fort que l'art. (...)»
Jean Ziegler évoque encore l'espoir des révolutions arabes et conclut en citant « Mère Courage et ses enfants » de Bertolt Brecht, dont la première fut donnée au Schauspielhaus de Zurich en 1941. Il y a 70 ans.
« J'ai appris une chose
et je sais en mourant
qu'elle vaut pour chacun :
Vos bons sentiment, que signifient-ils
Si rien n'en paraît au dehors ?
Et votre savoir,
qu'en est-il
s'il reste sans conséquences?
Je vous le dis :
souciez-vous en quittant ce monde,
non d'avoir été bons,
cela ne suffit pas,
mais de quitter un monde bon! »"
Allez, c'est pas interdit de rêver. Portez vous bien, aussi longtemps que vous le pourrez, et à demain peut-être.(à droite, photo de "Mère courage" avec Magali Noël)